Expériences de pyrénéisme...

Vignemale / Pique Longue (3298m) / Face Nord (voie originale)


Ouverte le 8 août 1933 par H. Barrio et R. Bellocq.
Difficulté: D+ / 800 mètres.
Equipement: Montagne (friends, coinceurs…).
Topo: Les 100 plus belles courses de Patrice de Bellefon: 063 Passages Pyrénéens: 166
Topo sur le site d'Albert Castellet

Magnifique voie gravie le 6 Août 2014 avec David L. en 9h30.
- Les éloges sur cette voie ne manquent pas: "La reine des Pyrénées dans ce niveau de difficultés" selon le topo de référence "Passages Pyrénéens". Cette course est magnifique de part le cadre dans lequel elle se déroule, la taille de la face, la présence des séracs au pied de la voie, l'assurage traditionnel qu'elle demande et par son arête intermédiaire qui permet de prendre du recul sur cette face de 850 mètres de haut. C'est également une face Nord qui prend un peu le soleil, ce qui la rend moins hostile, et même après coup, très agréable.
- "A vrai dire, j'étais plus gêné par le côté subjectif de la difficulté que par la difficulté elle-même." confiait Lionel Terray dans "les conquérants de l'inutile". Cette citation illustre parfaitement un des fondements de ma motivation à gravir cette voie. C'est une voie qui m'attirait depuis très longtemps et que je voulais gravir en menant la cordée. Techniquement, elle n'est pas très difficile (deux longueurs en V, 1 passage en A0), mais au delà de l'endurance qu'elle requiert, c'est surtout une certaine confiance en soi et en sa cordée qu'elle demande. C'est là le principal enjeux: il faut rationaliser le risque et canaliser ses émotions. La préparation est clé: l'itinéraire, le matériel (être light sans compromettre la sécurité) et enfin la solidité de la cordée (confiance et motivation). Une fois engagé, il est délicat de faire demi-tour... Mais, quel plaisir d'avoir partagé cette course avec David, mon compagnon de cordé de longue date!
- Chapeau à ses premiers ascensionnistes qui l'ont gravit en 1933 sans pitons (récit complet ici).

- Itinéraire: de manière générale, l'itinéraire est assez facile à comprendre. On pourrait le résumer en 4 parties: a) 2 longueurs de départ avec le filon vert d'ophite pour arriver à une bonne plateforme, b) une centaine de mètre en corde tendue avant de basculer dans une vaste cuvette sur le flanc gauche de l'arête intermédiaire que l'on atteint en son milieu avec deux filons d'ophite en point de repère, c) la fin de l'arête intermédiaire. d) les schistes rouges avec la traversée pour rejoindre le petit éperon que l'on contourne par la gauche, puis la sortie sur l'arête de Gaube en traversée. Ces 4 étapes sont marquées par des éléments caractéristiques. La difficulté est selon moi de bien comprendre à quel endroit il faut basculer à gauche de l'arête intermédiaire. Il y a 3 moyens selon moi: 1) une première vire (la plus grosse) qui conduit à un ressaut (qu'on a pris). Ce n'est pas l'itinéraire de la classique. Le rocher y est moyen, et le ressaut est en IV+/V. 2) la traversée classique. 3) la traversée sous le gendarme jaune, dite variante Ollivier (TBC). L'inconvénient de cette dernière option est qu'elle représente le risque d'aller trop haut dans la cheminée des Autrichiens, endroit où les difficultés sont nettement supérieures.
- Horaire:
* 2h la veille depuis le haut du télésiège jusqu'au refuge des Oulettes de Gaube (rythme volontairement lent pour s'économiser pour le lendemain).
* 2h d'approche (petite erreur au départ par manque de préparation de cette partie de la course et en raison du brouillard la veille qui nous a empêché de voir le cheminement). On est parti à 5h du refuge des Oulettes. Départ à 7h dans la voie. Rimaye très facile à franchir.
* 9h30 de grimpe.
* 5h30 de descente depuis le sommet jusqu'à la voiture au parking du Pont d'Espagne (arrivée à minuit au Parking, puis à 2h30 du matin à Toulouse, surement la partie la moins raisonnable de la journée).
- Rocher: bon dans les filons d'ophite, moyen le reste du temps. David a fait partir une petite terrasse sous ses pieds. Il vaut mieux être seul dans la voie.
- Détails: les chutes de sérac sont impressionnantes. Une cordée était également dans l'éperon Nord de la Pique Longue. Ils n'arrêtaient pas de faire partir des pierres...
- Axes de progrès:
* Avoir une carte pour l'approche et la descente (notamment en cas de brouillard). Nous avons perdu 30mn par rapport à l'horaire de référence car nous n'avions pas assez préparé l'approche.
* Dormir au refuge de Baysselance est beaucoup plus rapide pour le retour. Par rapport à notre horaire, il pourrait nous faire économiser presque 4h.
* Grimper en réversible est plus efficace que d'avoir un seul leader.
- Matériel:
* J'avais pris 10 friends jusqu'au n3 (BD) en doublant le vert, 6 coinceurs (tailles petites et moyennes), 3 pitons souples, 4 très grandes sangles noires (180cm), 8 grandes sangles rouges (120 cm) avec 1 mousqueton par sangle pour les 12 sangles, 4 mousquetons à vis (dont 2 pour assurer). * Si c'était à refaire, je prendrais: 2 sangles noires pour relais (sans mousqueton), 4 sangles rouges (avec un mousqueton, 4 sangles jaunes (60 cm) avec 2 mousquetons, 4 dégaines longues, 5 mousquetons à vis. En effet, la voie comporte quand même des pitons pour lesquels les dégaines classiques sont plus efficaces que les sangles avec un seul mousqueton.
- Forme: je n'étais pas entraîné cette année. Très peu de grimpe (moins de 30 mn par semaine), et quelques footings de temps en temps (max 1 par semaine). La difficulté n'était pas là.